27
Jun 12

LES CONQUÉRANTS

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,

Fatigués de porter leurs misères hautaines,

De Palos de Moguer, routiers et capitaines

Partaient, ivres d'un rêve heroïque et brutal.

 

Ils allaient conquérir le fabuleux métal

Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

Et les vents alizées inclinaient leurs antennes

Aux bords mistérieux du  monde occidental.

 

Chaque soir, espérant les landemains épiques,

L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques

Enchantaient leur sommeil d'un mirage doré;

 

Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles,

Ils regardaient monter en un ciel ignoré

Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

 

José Maria de Heredia

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26
Abr 12

VITRAIL

Cette verrière a vu dames et hauts barons

Étincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,

Incliner, sur la dextre auguste qui consacre,

L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons;

 

Lorsqu'ils allaient,au bruit du cir et des clairons,

Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre,

Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre,

Partir pour la croisade ou le vol des hérons.

 

Aujourd'hui les seigneurs auprès des châtelaines,

Avec le lévrier à leurs longues poulaines,

S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir;

 

Ils gisent san voix, sans geste et sans ouïe,

Et de leurs yeux de pierre ils regradent sans voir

La rose du vitrail toujours épanouie.

 

José Maria de Heredia

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26
Mar 12

SOLEIL COUCHANT

Les ajoncs éclatants, parure de granit,

Dorent l'âpre sommet que le couchant allume;

Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,

La mer sans fin recommence où la terre finit.

 

À mes pieds c'est la nuit, le silence. Le nid

Se tait, l'homme est rentrée sous le chaume qui fume;

Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,

À la vaste rumeur de l´Océan s'unit.

 

Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,

Des landes, des ravins, montent de voix lointaines

De pâtres attardés ramenant le bétail.

 

L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,

Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,

Ferme les branches d'or de son rouge éventail.

 

José Maria de Heredia

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